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— RÉSONANCES FREUDIENNES :
traces, écarts, passages de Nietzsche à Derrida
Centre des Halles – Tours
2007 : les samedis 10 février, 17 mars, 12 mai et 16 juin
9 h 30 à 17 h 30
Salle / Renseignements : Pascale Lumeau 06 83 46 84 53
Le séminaire donné cette année le sera en résonance. Si c’est à deux voix, chacune de son bord, que nous entendons rendre compte du frayage, des voies ouvertes par Nietzsche, Freud et Derrida, nous tenterons d’abord et surtout de faire entendre leurs voix à travers les textes qu’ils nous ont légués.
Supposons la résonance : nos voix refont retour, attentives à la langue utilisée par chacun des trois penseurs. Elles suivront la ligne de crête, le cap qu’ils ont tenté d’indiquer à voix haute ou à voix basse, prenant position, donnant des perspectives pour l’avenir, mais laissant une multitude de traces à déchiffrer au-delà de leur œuvre respective. Car le tissu du texte se reproduit à la plus cursive ou à la plus minutieuse des lectures. Il s’agira donc de rendre compte du travail en sous-sol que conditionne cette scène même de l’écriture, selon l’heureuse expression de Derrida, qu’il nous faudra aussi interroger.
Depuis Nietzsche s’est ouvert un dehors du monde. Freud a montré que l’affect était lui-même affecté par l’incommensurable, un extérieur hors du sens qu’on lui suppose, un insignifiable, un pulsionnel qui dépasse de très loin nos possibilités raisonnantes. Quant à Derrida, il pense un secret dans lequel la pensée même se fait secrète pour elle-même.
Comment, dès lors, pouvons-nous encore penser le monde sans cet autre monde qui lui semble extérieur, extérieur tout au moins à la raison telle que l’entendaient les Lumières ? Ces philosophes du soupçon comme les désignait Foucault n’ont-ils pas assigné à la raison cette nécessité d’éclairer l’obscurité, non pas en la dévoilant à la lumière de quelque vérité, mais plutôt en laissant l’obscur émettre sa propre clarté ?
Freud, en praticien de la psychanalyse, aimait se dire travailleur de l’ombre, abandonnant les sphères plus élevées et inspirées aux poètes et aux penseurs. Mais ce rapport d’évitement de la philosophie par la psychanalyse freudienne cache probablement une hésitation, une étrange familiarité, une proximité brûlante ainsi qu’une ambiguïté à ce jour non résolue. Derrida, du temps de Lacan, par sa lecture critique, non religieuse des textes freudiens, par sa fidèle infidélité, a tenté un pas de plus, un pas au-delà ; tout en se gardant absolument du pas de trop dans l’obscur. C’est pourtant la pratique qui doit mettre en question la théorie si elle veut maintenir l’avancée freudienne et en garder la portée subversive.
Suivant le cheminement de nos trois penseurs — et de quelques autres — nous verrons que bien qu’héritiers de la tradition, par le travail de la langue et du verbe, ils ont tenté d’écrire autrement un monde que nous ne cessons de nous représenter dans le cadre conceptuel de la métaphysique. Chacun d’eux avait un style d’écriture capable de mettre la maîtrise en déroute : l’abîme, la parole de fragment, la pensée en errance, la pensée voyageuse et son ombre, la frontière, la traversée, l’écriture en silence ou l’effacement des traces : autant de motifs au travail chez eux et qui sont aussi précieux pour la clinique analytique.
C’est en suivant leurs traces et en prenant la mesure de leur pas jusque dans leurs tours et détours que nous voyagerons. Alors peut-être nous apercevrons-nous que quelque chose danse dans le geste même de l’écrit…
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