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— LE MONDE DES MORTS DANS LA POÉTIQUE : DE WORDSWORTH À CELAN
E.N.S. – 45, rue d’Ulm – Paris 5e
2009 : le jeudi 26 novembre (voir annonce ci-dessous) et le mercredi 9 décembre Salle CAVAILLÈS,
2010 : les mercredis
13 janvier Salle CAVAILLÈS,
3 février Salle CAVAILLÈS,
10 mars Salle CAVAILLÈS,
7 avril Salle BECKETT,
5 mai Salle BECKETT
21 h à 23 h — SCHÉMA D’ACCÈS AUX SALLES ENS
L’on assiste au séminaire sans inscription ni frais.
ANNONCE
Le séminaire de René MAJOR sur La maladie auto-immune du capitalisme ne débutera salle Cavaillès à l’ENS que le 10 décembre 2009. La séance qui était initialement prévue pour le jeudi 26 novembre sera remplacée par la première séance du séminaire de Maryan BENMANSOUR, Le monde des morts dans la poétique : de Wordsworth à Celan qui avait dû être reportée. Le thème des fantômes et de la hantise étant bien présent dans le séminaire de Maryan Benmansour, il constituera aussi une introduction à celui de René Major.
Au chapitre V de la Traumdeutung (« les rêves typiques »), Freud se sert d’une métaphore pour décrire le retour dans le rêve de souhaits « passés, rejetés, recouverts, et refoulés » : « ils ne sont pas morts comme le sont les défunts selon notre conception commune, mais ils sont comme les ombres de l’Odyssée qui, dès qu’elles ont bu du sang, s’éveillent à une certaine vie ». Une telle métaphore, en distinguant les disparus des revenants, permet de cerner le mode d’existence spécifique au refoulé : Freud se sert donc avec une grande exactitude d’une référence aux vers 34-41 du onzième chant de l’Odyssée. Ce n’est pas sans curiosité qu’on la voit revenir légèrement modifiée sous la plume de Bergson, quand il veut décrire l’irruption de souvenirs oubliés au cours du rêve : « Alors ces souvenirs… se lèvent, ils s’agitent, ils exécutent, dans la nuit de l’inconscient une immense danse macabre. Et, tous ensemble, ils courent à la porte qui vient de s’entr’ouvrir. Ils voudraient bien passer tous. Ils ne le peuvent pas, ils sont trop. » (« Le rêve », in L’énergie spirituelle). Une telle proximité pourrait se comprendre en raison de la nature de ce qui est à décrire. Mais c’est en notant qu’Ezra Pound choisit d’ouvrir les Cantos à partir de la même référence, synthétisant ainsi Homère et Dante dans son projet d’écrire une épopée en laquelle poésie et histoire puissent recommencer, que nous en venons au constat suivant : il ne s’agit pas seulement d’une métaphore articulée à une référence culturelle mais bien plutôt d’une scène.
Il est ici question du monde des morts, de leur présence et de leur retour, de leur passage dans le monde des vivants : l’usage métaphorique de cette scène permet d’exprimer des idées différentes dans des contextes et avec des intentions différents. Son insistance ne se laisse expliquer ni par la croyance au royaume d’Hadès ni même par la seule prégnance de la culture classique. Il s’agit d’une scène significative qui déborde genres littéraires et genres du discours et qui échappe, partiellement tout au moins, aux intentions particulières de ceux qui y ont recours. Une telle scène fait voir ce que nous nommons un schème de la poétique
Plus généralement, on pourrait se demander quelle est la fonction de ces fantômes, de ces morts-vivants, de ces voix et de ces deuils qui hantent la littérature et la fiction non seulement dans les poèmes ou dans les œuvres littéraires mais dans les récits légendaires par lesquels la poésie et la création poétique se fondent.
Nous tenterons de montrer au cours de ce séminaire que ces éléments ne se laissent pas réduire à une thématique imaginaire plus ou moins inspirée par des circonstances historiques. Les morts, personnages fictifs ou figures réelles, appartiennent à une dimension de notre mythologie poétique, c’est-à-dire de l’ontologie poétique qui est la nôtre depuis le romantisme naissant. Le monde des morts rend sensible une place de la poétique qui se déploie de la fin du XVIIIe siècle à la fin du XXe siècle ou pour le dire schématiquement de Wordsworth à Celan. Ajoutons qu’une telle place est sensible non seulement dans les poèmes mais aussi dans les discours savants des historiens, des philologues et des anthropologues. Et s’il en est ainsi, c’est que le monde des morts sert de garant à la signification du monde des vivants.
Afin d’éclaircir cette hypothèse, nous choisirons d’étudier cette année trois de ces métaphores significatives : l’épitaphe, le retour de la foule des morts et les voix des morts qui serviront de fil directeur à notre exploration des textes et à notre réflexion.
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