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Psychanalyse / Philologie-Linguistique 2007-2008 | Séminaire "Le langage à l’épreuve de l’inconscient"

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Izabel VILELA — 2007-2008

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— LE LANGAGE À L’ÉPREUVE DE L’INCONSCIENT
Séminaire partagé avec François SAUVAGNAT : LA QUESTION DE L’ÉNONCIATION AUJOURD’HUI

E.N.S. – 45, rue d’Ulm – Paris 5e

2008 : les mardis 19 février, 18 mars, 15 avril, 20 mai

20 h 30 à 22 h 30 — Salle d’histoireSCHÉMA D’ACCÈS AUX SALLES ENS

Lire ou relire le Cours de linguistique générale (1916) à la lumière de 90 ans de recherches notamment dans le champ de la linguistique et de la psychanalyse ne va pas sans poser un bon nombre de questions où plusieurs paradoxes s’entrecroisent. Tout d’abord, ce contresens fondamental : dans quelle mesure est-il légitime d’attribuer à Saussure toute la paternité d’idées dont il n’a rédigé une seule ligne ? D’un autre côté comment dissocier son nom d’une tradition de presque un siècle qui attribue cette paternité à des concepts tantôt déformés tantôt forgés sur des interprétations parfois les plus disparates des trois cours professés à l’université de Genève ? Comment distinguer dans l’héritage saussurien, par exemple, certains développements de la linguistique du vingtième siècle dérivés de notions que Saussure n’aurait certainement jamais cautionnées (1) ? Si le contenu du CLG provient essentiellement des notes des auditeurs des trois cours, notes homogénéisées ou simplifiées par les éditeurs Bally et Sechehaye, comment interpréter ce texte si on sait de nos jours que les nombreux doutes qui tourmentaient Saussure ont été souvent transformés depuis la compilation même du CLG en des affirmations parfois en franche contradiction avec l’esprit de son enseignement ?

Le plus paradoxal est de constater, surtout après la publication des manuscrits trouvés en 1996 (Écrits de linguistique générale, 2002), que la réflexion originale du linguiste était beaucoup plus riche et sophistiquée que celle répandue par le Cours de linguistique générale, mais que c’est bien ce CLG qui a révolutionné les sciences humaines. C’est par excellence dans cette réflexion occultée pendant des décennies — mais qu’on peut saisir aussi de façon non négligeable dans plusieurs passages du CLG — que l’on trouve de remarquables analogies entre certaines notions saussuriennes et l’appareil conceptuel freudien. Lacan, lecteur à ce qu’il semble du CLG seul et de quelques uns de ses interprètes, n’aurait certainement pas pu explorer toutes ces analogies.

Mais c’est surtout en interrogeant les « fantômes » saussuriens — à l’instar de l’hypogramme (ce cousin des « formations de l’inconscient » et des « transformations de langue » opérées par Wolfson) que Saussure essaye de décrypter dans sa recherche sur les anagrammes, de façon analogue à ce que fait Freud avec l’« inconscient » — tout comme en analysant certains traits de la biographie du célèbre linguiste que l’on se rend compte combien les controverses, les énigmes, les doutes et peines qui entourent la vie et la pensée saussuriennes restent toujours une source inépuisable de recherches des plus passionnantes.

Ce séminaire propose de (re)lire certaines notions clés de la linguistique saussurienne ainsi que de ses meilleurs interprètes (Benveniste, Jakobson etc.) pour en dégager des similitudes et, ou, des divergences avec des conceptualisations psychanalytiques notamment freudiennes et lacaniennes, sans perdre de vue la constitution singulière de la pensée de chacun des trois grands maîtres. On traitera par exemple de concepts tels que valeur linguistique, arbitraire du signe, rapports syntagmatiques/associatifs pour vérifier de quelle façon ils peuvent apparaître dans le discours du locuteur atteint de schizophrénie, de paranoïa, etc. Pour cela on fera appel notamment à la lecture de « cas » cliniques classiques comme Schreber, Wolfson, le patient « Z » (L’Enfant de ça, 1973), Zürn, Renée (Journal d’une schizophrène, 1950).

(1) Cf. S. Bouquet, « Ferdinand de Saussure », in Le dictionnaire des sciences humaines, (dir. S. Mesure, P. Savidan), PUF, 2006.


Ferdinand de Saussure (1857-1913) : quelques données biographiques sommaires

Originaire d’une famille de l’aristocratie genevoise haute en tradition dans le milieu scientifique, Saussure écrit un premier travail sur le langage à l’âge de 14 ans. La précocité de son génie y était : plusieurs idées de cet essai de 41 pages manuscrites seraient développées plus tard et féconderaient ses trois fameux cours de Genève. Devenu célèbre à l’âge de 21 ans avec son mémoire de licence sur le système primitif des voyelles dans les langues indo-européennes soutenu à Leipzig en 1878, Saussure ne peut éviter de s’attirer l’envie voire la haine des autorités scientifiques du domaine dont il contestait les arguments.

Ayant été déjà sévèrement critiqué pour son essai juvénile par une sommité suisse, le très jeune chercheur poursuit ses intuitions et élabore deux ans plus tard, à 16 ans, une nouvelle théorie qu’il n’écrit pas, se contentant de la discuter avec l’un de ses maîtres à l’université de Genève. En arrivant à Leipzig pour sa licence trois ans plus tard, en 1876, le linguiste de 19 ans apprend étonné que le milieu linguistique international était bouleversé depuis trois mois par la publication d’une nouvelle théorie. Il ne s’agissait de rien d’autre que de l’hypothèse que Saussure avait faite lui-même trois ans auparavant sans y accorder grande importance, croyant le sujet déjà trop connu. Ne pouvant que se « résigner » à attribuer à Karl Brugmann (1849-1919) la découverte de la nasale sonante dans les pages de son mémoire de licence, il arrive tout de même à produire un travail original et révolutionnaire. Il s’oblige ainsi à masquer une déception incommensurable dont le refoulement, de retour dans son économie psychique, n’aménagerait naturellement pas les conséquences destructives.

Pendant sa courte vie la notoriété de Brugmann fera ombre douloureuse à l’amour-propre de Saussure, en dépit de la reconnaissance internationale obtenue par son mémoire (1). Cette expérience semble avoir marqué d’une empreinte cruelle la carrière du grand savant. Il a dû ainsi tout jeune encore boire la coupe du mépris pour bon nombre de ses idées souvent au-delà de la capacité de compréhension de ses contemporains, ou de se voir accusé de plagiat ou vol d’idées parfois par ceux-là mêmes qui publiaient les siennes en occultant son nom. Dans les dernières années de sa vie, après son séjour parisien de dix ans à l’École des Hautes Études (1880-1891), où il laisse un certain nombre de disciples, il publie de moins en moins mais travaille de plus en plus en multipliant ses recherches. Il ne vivra pas assez longtemps pour en cueillir les fruits. Ayant été victime d’épuisement psychique (2) il meurt à l’âge de 55 ans, laissant des milliers de pages manuscrites sans soupçonner la gloire dont jouira son nom grâce aux trois cours devenus le plus célèbre livre de linguistique du vingtième siècle.

(1) Dans un travail sur les « Souvenirs de F. de Saussure concernant sa jeunesse et ses études » (cf. Cahiers Ferdinand de Saussure 17, 1960), à paraître ; je montre que l’hypothèse de la nasale sonante, publiée par Brugmann, comptait plus pour Saussure que toute autre recherche qu’il ait menée jusqu’à 1903. Quelques éléments de ce travail sont publiés dans Topique 98.
(2) Hypothèse partagée avec Olivier Flournoy lors d’une conférence à l’Institut Raymond de Saussure - Société Suisse de Psychanalyse, le 11 janvier 2007, à Genève.





Compte-rendu du Séminaire
Le langage à l’épreuve de l’inconscient 2007-2008

En vue des rapprochements que je propose entre les hypothèses saussuriennes symptomatiques des anagrammes et le rapport tout particulier au langage vécu par des souffrants psychiques tels que Schreber, Zürn, Wolfson, entre autres, le séminaire Le langage à l’épreuve de l’inconscient a repris cette année la lecture notamment de trois auteurs : J. Starobinski, Les mots sous les mots (1971), L. Wolfson, Le Schizo et les langues (1971) et M. Pierssens, La tour de Babil (1976).
On a essayé de montrer que les effets de morcellement de langue qui obsèdent Saussure dans ses activités anagrammatiques portent des analogies étonnantes à la fois avec ce rapport au langage dans la psychose – les constructions « grammaticalement monstrueuses » de Wolfson l’illustrant au plus haut point – tout comme dans certaines créations poétiques (Mallarmé, Brisset, Roussel, etc.).\\ Nous avons ainsi commencé à analyser cet attachement démesuré aux mécanismes du langage subi par ces sujets en souffrance, au rebours du temps et de toute convention. Ceci afin de repérer les analogies entre leur infernal ‘laboratoire de langue’ et ce à quoi la psychanalyse a affaire en tant que formations de l’inconscient.\\ On a également évoqué certaines particularités communes entre les biographies intellectuelles de Saussure et Mallarmé – des blancs, ratures, redites et ‘pages blanches’ proprement dites — dont témoignent leur écriture. En effet, le silence entourant les tourmentes et énigmes du premier ne nous « parlent » que mieux par les aveux du second. Deux destins paradigmatiques à illustrer que « [le mal] s’il attaque le moi et le corps, il s’en prend tout aussitôt et du même coup à ce qui les conjoint ensemble : le langage » (Pierssens, pp. 24-25).
Une vaste bibliographie, facultative et non exhaustive, a été proposée.
Pour l’année 2008-2009 nous continuerons à traiter, avec prudence, de ces méandres — où le langage en ses rapports à l’inconscient devient à la fois mobile, symptôme et antidote — ayant toujours par principe que langue et lalangue, grammaire et paragrammaire, normal et pathologique, psychanalyse et linguistique se trouvent, très souvent, dans des rapports les plus étroits.

Bibliographie

Vilela I. : « Le langage au risque de l’inconscient : le mal sous les mots ou le silence de l’oracle », colloque Cerisy Freud et le langage (sept. 2007), à paraître.
Vilela I. (2007b) : « À propos de quelques liens entre Freud, des linguistes et philologues dans les années 1885-1915 : le cas de F. de Saussure », in Topique 98, p. 181-195.
Vilela I. (2007a) : « Au risque de (la)langue : le langage est déstructurant comme l’inconscient », in Langage & Inconscient 3, p. 121-139.
Vilela I. (2006) : « In principio erat verbum ou la linguistique aux origines de la psychanalyse : qu’en est-il de Saussure ? », in Langage & Inconscient 1, p. 118-142



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Dernière modification October 13, 2009, at 01:12 AM