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Psychanalyse / Sociologie 2008-2009 | Séminaire "La cité moderne à la lumière de la psychanalyse"

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Bernard SALIGNON — 2008-2009

— LA CITÉ MODERNE À LA LUMIÈRE DE LA PSYCHANALYSE

  • Pour tout renseignement, contacter marie-noelle.diochon [ad] univ-montp3.fr ¦ [ad] : @
    ou Bernard Salignon au 06 75 60 57 54

Lieu : salle BRED 25

2008 : les lundis 22 septembre, 6 & 20 octobre, 10 & 24 novembre, 8 décembre
2009 : les dates ne sont pas encore arrêtées

18 h à 20 h

Dans le monde moderne contemporain, les sciences sociales produisent un certains nombres de discours totalisants, qui trahissent un déni commun du manque, ce que Heidegger dénonçait déjà, en disant que chaque discipline s’approprie « l’étant ». La cité est aujourd’hui soumise à cette pensée totalitaire qui ne laisse plus aucun intervalle où le sens puisse se ressourcer et qui impose à chaque bien de donner les raisons qui le constitue comme tel. C’est ainsi que la ville est passée sous l’emprise d’un contrôle auquel rien n’échappe, en se réduisant à la fois à un espace illimité et sans ailleurs. Ce qui fait dire à Giorgio Agamben, dans un livre récent, que le « paradigme bio-politique en Occident est aujourd’hui le camp et non plus la cité ».

Dans cette ville concentrationnaire, à l’instar des Utopies, tout ce qui à lieu ne se fait qu’en fonction de son utilité immédiate dans l’indifférence au passé et au futur. Le présent est l’unique forme de spatialité et de temporalité à partir de laquelle tout devient comparable à tout. Ayant universalisé ce principe, la ville moderne offre aujourd’hui aux analystes une grille de signes à déchiffrer, expression d’une volonté anonyme qui a pris la place de la pensée et de la création. Dans cet espace, tout est devenu communication, sur fond d’idéologie de transparence. Confisquées de leur capacité d’invention, les villes sont devenues des lieux sans mystère, où s’accomplissent des fonctions économiques dont plus personne ne connaît les raisons ni les buts. On découvre alors que l’urbanisation, installée sur le déni de l’ancienne urbanité, s’est approprié les habitants des villes en restaurant des procès régressifs qui ont réactivé les pulsions archaïques : la haine et l’indifférence. Cette faillite de l’exister trahit que la ville nourrit désormais un désaveu fondamental de l’homme en tant qu’être désirant et entant que citoyen, ainsi que le manifeste entre autres les incivilités en particulier chez les jeunes générations.

Pour la psychanalyse, l’inflation de signes, la saturation des espaces démontrées par la ville moderne, produisent la vision d’un monde sans manque, soumis à l’emprise de la pulsion de mort, monde du narcissisme primordial, où rien ne fait appel vers l’autre, où rien ne compte, où règne la seule indifférence. La clinique psychanalytique éclaire ce phénomène quand elle définit le « discours de la psychose » comme une structure de langage dans laquelle les significations pétrifiées par la « forclusion du signifiant », enferment le sujet dans un espace hors communication qui le laisse indifférent au monde et aux autres.

La question à soumettre à l’analyse est donc celle de savoir si en privant les habitants de tout espace de respiration, aussi bien physique qu’esthétique, réel ou fantasmatique, la ville moderne ne réduit pas les résidants à des corps eux-mêmes ramenés à la « vie nue ». On comprendrait alors que cette vie écornée de sa part désirante, puisse être inductrice de conduites de même nature que celles déterminées par la clinique des psychoses comme « passage à l’acte » et qui se déclenche lorsque le sens fait défaut.

L’intégrisme, dans ses formules multiples d’expression qui adviennent de la haine de l’autre et dans l’affirmation crispée d’une seule et unique vérité « paranoïaque », pourrait alors apparaître comme la conséquence monstrueuse de cette perte « psychotique du sens », et ceci depuis l’école. Ce détour par la clinique psychanalytique devrait à terme nous amener à l’étude de ce qui semble constituer l’essence de la cité : la parole fondatrice du lien social. En montrant que la cité moderne est engluée dans la prolifération de signes, la psychanalyse rejoint la fiction mythique grecque qui avait fait de l’Atlantide, dont ne subsistait que le nom, le paradigme de la cité. La catastrophe qui aurait emporté la ville mythique vérifie que tout ce qui naît, finit par mourir, hormis le signifiant. Principe au nom duquel toute naissance est subordonnée à l’acceptation de la mort et à la finitude posée comme loi du signifiant, toute fin est dans le même mouvement un recommencement. La catastrophe de la cité n’est jamais un désastre si l’instance symbolique peut garantir la pérennité de la communauté dans son lieu. Or, la cité moderne n’offre plus cette garantie et le caractère indissoluble du lien d’Eros et de Thanatos semble rompu ne laissant place qu’à l’affirmation de la pulsion de mort.

La lecture psychanalytique viendra, à partir de deux champs celui de l’esthétique et celui de l’éthique, interroger la problématique de la citoyenneté, de l’urbanité et de la civilité dont Montaigne faisait « la science de l’entregent ».



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Dernière modification October 13, 2009, at 12:54 AM