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— ÉCRIRE, QU’EST-CE QUE C’EST ?
E.N.S. – 45, rue d’Ulm – Paris 5e
2008 : les mardis 15 janvier, 5 février, 11 mars, 8 avril, 13 mai
« L’écriture c’est l’inconnu de soi » dit Duras dans Écrire. « C’est une sorte de faculté qu’on a à côté de sa personne, parallèlement à elle-même, d’une autre personne qui apparaît et qui avance, invisible, douée de pensée, de colère, et qui quelquefois, de son propre fait, est en danger d’en perdre la vie ». Cette prescience de l’inconscient, certains écrivains en parlent, l’écrivent ; d’autres l’ignorent mais la savent quand même, et on la lit entre leurs lignes, dans le blanc. Comment attraper ça ? Comment saisir ce qui est à peine inscrit ? Comment parler de ce danger, de ce vertige, de cet indicible, de ce bonheur aussi ? Qu’est-ce que c’est, écrire ?
On pourrait partir de cette notion contemporaine, l’autofiction, devenue si floue qu’elle est presque synonyme de littérature, mais qui est née, chez Serge Doubrovsky, de la radicalité de l’association libre : d’une pratique inscrite de la psychanalyse. On proposerait des définitions pour des zones, des genres. On ouvrirait des manuscrits, on chercherait l’inconscient dans les ratures. On passerait par l’écriture de cas, et l’écriture de rêves. On tenterait de circonvenir des clichés. On se proposerait un corpus sans organes, de livre en livre, de saut en saut. « Un saut dans le vide — je retrouve la raison » : Mandelstam. Qu’est-ce que ça veut dire, ces phrases-là ? Le vide au cœur de l’écriture : explorer. La voix des fantômes : entendre. Et ce je qui est un autre, rebattu, remâché : qu’est-ce que ça veut dire ? Certes, on écrit où on ne sait pas, où on ne pense pas, mais il y a aussi des choses que les poètes savent et qu’ils savent transmettre : écrire, c’est aussi savoir. Quelle passerelle, entre la solitude de l’écriture, et la solitude à deux de l’analyse ? Des écrivains, des artistes, des analystes seront invités.
Le mardi 13 mai à 20h30, Marie Darrieussecq s’entretiendra avec Yannick Haenel et Catherine Millot autour de la question du moi comme absence dans l’extase mystique. Reste-t-il une écriture à la première personne quand on s’abîme en Dieu ? Jeanne Guyon, Simone Weil et Etty Hillesum ont toutes laissé des témoignages écrits et même biographiques de leur “vie parfaite” dans l'oubli de soi.
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