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Activités / Colloques 2008-2009 | IHEP - ENS, 6 et 7 décembre 2008 : Colloque international "DERRIDA POLITIQUE" | Courrier à Barack Obama à propos du sort de Mumia Abu JamalÀ l’occasion du Colloque international Derrida politique, un courrier de Mme Pierre Mendès France et Jacques Derrida au président des États-Unis Bill Clinton, à propos du sort de Mumia Abu Jamal, a été repris dans un nouveau courrier adressé par Marguerite Derrida au président élu Barack Obama. Les participants au colloque se sont associés à ce courrier. Il est possible de soutenir cette initiative en écrivant à l’adresse talagrand [ad] ihep.fr ¦ [ad] : @, en indiquant nom, prénom, profession (facultatif), ville, pays. Courrier au président élu des États Unis Barack Obama à propos du sort de Mumia Abu Jamal![]() Mumia Abu Jamal Président Barack Hussein Obama Paris, le 6 décembre 2008 Monsieur le Président, Madame, Il y a plus de douze ans déjà, Bill Clinton venait d’être réélu Président des États-Unis. Il y a plus de douze ans déjà, Mme Pierre Mendès France et M. Jacques Derrida lui adressaient ensemble, ainsi qu’à Mrs. Hillary Rodham Clinton, la lettre dont vous trouverez copie ci-joint. Douze ans ont passé et aujourd’hui un immense espoir pour le monde souffle à nouveau depuis votre élection : espoir de paix, espoir de justice, espoir d’avenir. Nous venons donc renouveler la demande — restée à ce jour sans réponse mais portée par des milliers de voix qui ne se sont jamais tues de par le monde — d’une révision du procès de Mumia Abu Jamal qui a révélé ce qu’aucune démocratie digne de ce nom ne devrait pouvoir supporter, à savoir l’existence même des couloirs de la mort dans de trop nombreuses prisons américaines. Depuis 2004 Madame Pierre Mendès France n’est plus. Jacques Derrida non plus. C’est à l’occasion d’un hommage international qui vient d’être rendu à l’École normale supérieure de Paris au grand penseur du vingtième siècle que fut Jacques Derrida — qui a beaucoup enseigné dans les universités américaines et dont les archives sont conservées à l’Université de Californie à Irvine — que nous avons pensé vous adresser leur lettre, datée du 15 novembre 1996, dont nous n’avons pas à changer un seul mot même si plus de douze ans déjà se sont écoulés depuis ce long silence de mort. À ceci près que, le 27 mars 2008, une Cour d’appel fédérale américaine a annulé la condamnation à mort de Mumia Abu Jamal pour vice de procédure mais confirmé toutefois sa culpabilité, écartant tout nouveau procès. Sans appel de la part de l’accusation, la peine sera automatiquement commuée en peine d’emprisonnement à perpétuité réelle. Or le 20 octobre 2008, le gouvernement américain a fait appel auprès de la Cour suprême des États-Unis contre la décision d’annulation de sa condamnation à mort. Et aujourd’hui, 6 décembre 2008, vingt-cinq ans après sa condamnation, Mumia Abu Jamal se trouve encore et toujours dans le couloir de la mort. Face à cette nouvelle urgence, nous osons croire que notre prière ne reste pas vaine. Veuillez accepter, Monsieur le Président, Madame, l’expression de notre plus que jamais confiante et respectueuse considération. Mme Marguerite Derrida Président William Jefferson Clinton Paris, le 15 novembre 1996 Monsieur le Président, Madame, Au moment où le monde entier salue la réélection du Président des États-Unis et son accès confirmé à la magistrature suprême, permettez-nous de nous adresser directement à vous, et de le faire sur un mode personnel, à la fois public et privé. Car en vous parlant le langage du cœur autant que celui du droit, c’est avant tout par devoir et au nom de la justice que nous faisons appel à vous pour vous supplier, Monsieur le Président, Madame, de faire entendre votre voix. Une terrifiante tragédie risque en effet de conduire un innocent à la mort. Emprisonné depuis quinze ans, jugé et condamné dans des conditions qui paraissent plus que suspectes aux yeux du monde entier, un Américain risque de payer demain de sa vie ce qui pourrait n’être que machination policière et erreur judiciaire. Il est aujourd’hui de notoriété publique, dans votre pays et partout ailleurs, que le procès de Mumia Abu-Jamal a été entaché, depuis le début, de graves et nombreuses irrégularités de procédure. D’innombrables manquements aux règles ont fait l’objet de publications fiables et détaillées (dossiers, interviews, livres, films). Des témoignages irrécusables ont démontré que la conduite de son procès a été détournée du droit chemin par des groupes de pression et par un juge partial (récemment confirmé dans ses responsabilités et célèbre pour détenir le record des peines de mort parmi les juges américains) ; et cela afin de punir à tout prix, sans preuve suffisante, le passé d’un militant politique (jeune « Black Panther » des années 1970, puis journaliste de radio, « voix des sans-voix »). Dès lors, Mumia Abul-Jamal est souvent considéré, à juste titre, hélas, comme un prisonnier politique menacé de mort dans une démocratie. Pour nous en tenir ici au dernier épisode dans une longue série de violences policières et judiciaires, nous nous contenterons de rappeler que, le 1er octobre dernier, l’un des principaux témoins oculaires de la défense, Veronica Jones, a été arrêtée à la barre en pleine audience, sur un motif mineur et totalement étranger au procès, au moment même où elle apportait un témoignage décisif. Ce témoignage ne comportait pas seulement des éléments propres à innocenter Mumia Abu-Jamal (qui a depuis le début, chacun le sait, protesté de son innocence) : il faisait aussi état, sous serment, des menaces policières sous lesquelles, il y a quinze ans, Veronica Jones avait été contrainte à altérer sa déposition initiale au lendemain de la mort non élucidée d’un policier de Philadelphie. Au moment où, avec des milliers et des milliers de citoyens de nombreuses démocraties, nous en appelons à vous, Monsieur le Président, Madame, nous tenons, comme il va de soi, à marquer aussi notre respect pour les principes des institutions politiques et judiciaires de votre pays, pour la séparation des pouvoirs et l’indépendance de la justice. C’est d’ailleurs dans cet esprit que de nombreuses organisations (Amnesty International, le Parlement international des écrivains, le Pen Club, le Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples) se sont manifestées pour demander seulement la révision du procès ; c’est aussi dans cet esprit que certains chefs de grands États amis sont intervenus publiquement, par exemple le Chancelier Kohl et le Président Chirac. Ce dernier, vous le savez, avait autorisé l’Ambassadeur de France, le 3 août 1995, à « effectuer, à titre strictement humanitaire et dans le respect du droit américain, toute démarche susceptible de contribuer à épargner la vie de M. Mumia Abu-Jamal ». Après avoir étudié de près, depuis des années, toutes les données accessibles de ce procès, nous avons certes, pour notre part, comme tant et tant d’autres, l’intime conviction qu’une effroyable injustice risque de conduire un innocent à la mort, dans la pire tradition des grandes erreurs judiciaires de l’histoire. Mais comme nous ne sommes pas en position de juges, comme nous acceptons, par hypothèse, que notre intime conviction puisse ne pas être unanimement partagée, comme nous respectons par principe toute autre conviction de bonne foi, notre demande est pressante mais reste limitée : que le procès soit enfin révisé. Nous demandons qu’un nouveau procès soit conduit dans des conditions dignes et transparentes, que la logique du « doute raisonnable » soit rigoureusement prise en compte au bénéfice d’un accusé présumé innocent, et que, quel qu’il soit, tout jugement à venir se fonde au moins sur d’irrécusables preuves. (Permettez-moi d’ajouter entre parenthèses que cette révision ne serait pas seulement un acte de justice, elle préviendrait sans doute de nouvelles explosions de colère, des réactions d’indignation prévisibles qui pourraient avoir, elles, des conséquences imprévisibles). Encore une fois, Monsieur le Président, Madame, nous n’oserions jamais vous demander une intervention contraire aux principes démocratiques de vos institutions et à l’indépendance des instances judiciaires, que ce soit dans l’État de Pennsylvanie ou à l’échelle fédérale. Nous nous tournons vers vous aujourd’hui pour vous prier seulement de prononcer très haut, forts de votre autorité légitime et d’une confiance renouvelée, des paroles de justice qui rappellent à l’esprit du droit et de la dignité humaine en démocratie. Ces paroles, nous croyons que le rayonnement de votre voix saura les porter là où une ultime prise de conscience paraît urgente, qui permettrait aux autorités compétentes de rouvrir un procès, en toute indépendance, et d’éviter ainsi les risques, tous les risques d’une impardonnable et irréversible injustice. Veuillez accepter, Monsieur le Président, Madame, l’expression de notre confiante et respectueuse considération. P.S. Bien entendu, si vous le jugiez bon, nous ne rendrions éventuellement cette lettre publique, au moment opportun et au titre de « lettre ouverte », qu’après avoir tenu compte de votre réponse et de votre avis à ce sujet. Mme Pierre Mendès France — Institut Pierre Mendès France Jacques Derrida — Parlement international des écrivains Premiers signataires lors du colloque :
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